LMV consultante pour un article de la revue Espace public & Paysage

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"Processionnaire du pin, vigilance et lutte combinée, un constat préoccupant s’impose :

 

 

 

Depuis 5 ans, la progression de la processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa)s’intensifie en France

par la levée des verrous climatiques lui permettant de s’étendre avec, désormais, 80 % du territoire conquis par ce papillon nocturne dont la chenille pose de sérieuses nuisances. Pour les végétaux bien sûr, avec une perte parfois spectacu laire des aiguilles entraînant l’affaiblissement des arbres contaminés, alors sensibles à d’autres maladies et ravageurs, et une baisse de la qualité esthétique des sites touchés. Mais surtout pour la santé publique, avec de graves nuisances sanitaires pour les hommes et les animaux : en effet, à partir du 3e stade larvaire, les chenilles processionnaires se munissent d’un système de défense composé de microscopiques poils urticants contenant une protéine toxique très allergène, la thaumetopoéine. Les réactions sont plus ou moins violentes : plaques rouges, cloques, démangeaisons intenses, sensations de brûlure, paupières rouges et enflées, atteintes du globe oculaire, voire chocs anaphylactiques dans les cas graves. La lutte est ainsi d’intérêt public et repose sur une bonne connaissance et compréhension du cycle biologique local de l’animal, afin d’intervenir au bon moment. Bien que la processionnaire du pin ne soit pas soumise à la lutte obligatoire, de nombreux arrêtés pré- fectoraux et autres plans d’action locaux existent, autorisant alors différents moyens de lutte, dont l’utilisation de produits phytosanitaires de biocontrôle réglementée de façon précise. Pour connaître les règlementations locales, adressez-vous à la FREDON de votre région. Dans tous les cas, la lutte doit, pour être efficace, combiner judicieusement les différents moyens à disposition, qu’ils soient mécaniques, biologiques ou de biocontrôle, inspirés des phénomènes naturels. La protection des agents est également nécessaire, par le port d’EPI adaptés.

Comprendre le cycle de la processionnaire du pin

La processionnaire du pin, au stade adulte, est un papillon de nuit, mesurant de 3 à 4 cm. Au stade larvaire, la chenille proces- sionnaire est un ravageur nocturne ayant une affection particulière pour les aiguilles des résineux et surtout celles des pins noirs d’Autriche (Pinus nigra ‘Austriaca’) et des pins laricio de Corse (Pinus nigra var. corsicana), ainsi que des pins maritimes, qu’elle digère très bien. Comme nous l’explique Jocelyne Camérani de La Mésange Verte, société spécialisée dans la lutte alternative et écologique contre la chenille processionnaire, “en dernier choix, parmi les résineux, celle-ci s’attaquera aux cèdres, mais elle se développera deux fois moins rapidement. Avec une température optimale comprise entre 25 et 30 °C pour se transformer en papillon, la chenille meurt à - 14 °C, mais cela n’empêche pas de la retrouver aujourd’hui en montagne et dans le nord-est du pays. A savoir aussi que les températures trop élevées sont limitantes. Ainsi, la prévision de l’expansion des foyers est difficile car, selon les années plus ou moins chaudes, ceux-ci peuvent avancer ou régresser.

stade adulte, papillon, généralement de fin mai à septembre :

une température entre 25 et 30 °C est donc nécessaire pour que la chenille se transforme en papillon. Dès lors, les vols nuptiaux débutent : après accouplement, le mâle meurt et la femelle (durée de vie d’un ou deux jours) va directement pondre entre 150 à 200 œufs sur une paire d’aiguilles, en imitant les cônes d’été des pins. On observera alors des man- chons de 3 à 5 cm, en forme d’épi de maïs, où une écaille de l’abdomen du papillon recouvre chaque œuf de façon très régulière. Même pour un œil averti, la détection est difficile. Cependant, si on les détecte, la coupe de la partie touchée est conseillée et sans danger. Ainsi, en Méditerranée, les vols et la ponte ont lieu tardivement, en août et tout particulièrement après le 15 août, sur une p riode de 2 mois, car sinon les températures sont trop élevées. La façade atlantique est fina- lement plus exposée car pré- sentant des températures plus fraîches : les vols, plus précoces, ont généralement lieu de fin mai à fin août, avec des pontes plus étalées dans le temps. C’est à ce moment-là que des pièges à phéromones, pour contrôler la population, doivent être mis en place. A noter que les dates sont données à titre indicatif :

l’éclosion des œufs, généralement de fin septembre à mi-novembre :

un mois et demi après la ponte, les œufs éclosent et débute alors le stade larvaire. Les chenilles, qui ne sont pas encore allergènes et ont besoin de se nourrir, se déplacent systématiquement en procession sur l’arbre parasité. Durant 2 à 3 mois, elles gri-gnotent de nouvelles branches. Apparaissent alors des pré-nids, amas de fil de soie, qui signalent l’emplacement du repas du jour. Ces pré-nids sont petits et diffi- cilement identifiables, ressemblant à des toiles d’araignée. Là aussi, seul un œil avisé peut les détecter et les enlever à l’échenilloir sans aucun risque.


la formation des nids, de novembre à décembre :

avec l’avancée de la saison et l’ensoleillement qui diminue, les chenilles vont progressivement migrer vers le haut et le Sud de l’arbre pour capter les infra- rouges solaires qui chaufferont leurs nids durant l’hiver et les protègeront du froid. Ainsi, on observe les gros nids soyeux très reconnaissables dès novembre- décembre : les chenilles sont alors devenues urticantes, avec comme témoin l’apparition de pigments orange sur leur dos. Il faut être vigilant car le nid, aussi, est urticant, car constitué des mues, poils et excréments des chenilles. L’échenillage, qui est adapté pour des enlèvements ponctuels de nid, est alors délicat et peut être dangereux : il s’agit donc d’être particulièrement vigilant lors de l’interven- tion et bien équipé de protections de travail !

les processions, habituellement vers février-mars, voire mi-décembre ou même en octobre au niveau des îles de la façade atlantique :

au bout du 5e stade larvaire, quand les chenilles ont accumulé suffisamment d’énergie, celles-ci arrêtent de se nourrir et commencent à descendre pour aller se nymphoser et se transformer ainsi en chrysalides dans le sol, où elles resteront 2 à 3 mois, avant d’éclore sous forme de papillon. Mais attention, quand les conditions ne sont pas propices à l’éclosion (trop chaud ou trop froid, trop humide), les chrysa- lides peuvent rester sous terre de 1 an (comme c’est souvent le cas en montagne) à 5 ans.

Des pièges à phéromones pour contrôler la propagation :

Lors des vols nuptiaux, de fin mai à septembre, mais généralement dès qu’il fait 25 °C, il est fortement conseillé d’installer des pièges à phéromones (méthode de moni-toring) pour surveiller la présence de papillons, mais aussi réduire et réguler la fécondation des femelles en cas de pullulation importante. Une large gamme de produits est à votre disposition, ceux-ci différant sur plusieurs critères : système d’accroche sur l’arbre, fixation du sac collecteur, taille, forme et nombre des entrées, facilité de mise en place de la phéromone, durée d’action des phéromones… Ainsi, Biobest propose “le Procerex®, validé par l’INRA. Ce piège à papillons est à associer aux capsules de phéromones Process’Attract, d’une durée d’action de 200 jours, soit 6 mois, pour une vig lance adaptée aux saisons douces de plus en plus longues” explique Thomas Torrecillas de Biobest. Le piège Buxatrap de Koppert “est un piège sec qui ne nécessite aucune maintenance. Il est à associer aux phéromones Phérodis Pin ‘Long Life’ qui ont une durée de vie de 180 jours” précise Thibaut Crance. La Mésange Verte, qui assure des prestations de suivi pour les collectivités, propose également le piège à phéromone Trampa G, d’une durée d’efficacité de 120 jours, “à installer le plus haut possible dans l’arbre, à distance suffisante des autres branches, pour optimiser la capture des papillons. Il s’agit ensuite d’effectuer des relevés réguliers tous les 8 jours et de noter le nombre de papillons capturés, pour pouvoir anticiper les dates d’infestation l’année suivante par exemple” explique Jocelyne Camérani. Aussi, la société Nufarm SAS présente présente “des capsules de phéromones spécifiques, d’une durée d’action de 60 jours, efficaces pour les processionnaires du pin et du chêne, mais aussi pour la pyrale du buis ou la mineuse du marronnier, associées à un piège adapté à chaque espèce,”ajoute Jérôme Vatier de Nufarm. De son côté, BHS conseille “des phéromones micro-encapsulées, procédé breveté, ce qui permet de les conserver à température ambiante pendant 2 ans et demi et permet une libération prolon- gée et contrôlée jusqu'à 4 mois. A savoir qu’à partir de 50 captures hebdomadaires, l’infestation est considérée comme importante” témoigne Pierre Thiebaut de BHS.

Lutte mécanique

Outre la lutte mécanique à l’aide d’un échenilloir de novembre à février, qui est adaptée pour des opérations ponctuelles mais peut s’avérer dangereuse, des pièges sont efficaces en agissant uniquement de façon mécanique lors de la descente des chenilles, soit vers février-mars, à l’image de l’Ecopiège® développé par La Mésange Verte, pour une lutte raisonnée sans produits, aussi commercialisé par BHS. “Validé avec l’INRA avec 97 % d’efficacité, si l’installation est bien réalisée, ce piège est composé d’un collier (différents diamètres), d’un tube de descente et d’un sac collecteur remplit de terre. Ce dernier est un leurre qui fait croire à la chenille qu’elle a atteint le sol : au lieu de descendreet de s’enterrer dans le sol, les chenilles viennent s’y enfouir pour réaliser leur nymphose en chrysalide. Installé à 2 m-2,50 m de hauteur et ainsi hors de portée des animaux et des enfants, il suffit de récupérer le sac 1 mois après la descente des chenilles pour l’incinérer” complète Jocelyne Camérani. La société Koppert présente quant à elle le PROCESSatrap collier : “avec son collecteur rigide de couleur bois, il ne risque ni d’être abimé par des oiseaux, ni dégradé par des personnes mal intentionnées. Il offre une grande capacité de capture des chenilles à la descente (5,2 L) et permet la mise en place d’une information pédagogique. Et pas besoin d’ajouter de terre ou de sable dans le collecteur, nous conseillons de l’installer à partir du mois de novembre pour prévenir les descentes et de le retirer cou- rant avril en fonction des régions” explique Thibault Crance, qui ajoute : “notre piège va connaître de nouvelles évolutions afin de tenir compte des remontées du terrain et de nos clients”. Autre solution, celle de Biobest qui propose le collier Procerex, “spécifique à la processionnaire du pin, toujours à action mécanique, équipé d’un collier réglable, tube de descente et sac collecteur-destructeur. Rapide et simple de mise en place, il offre une grande capacité de piégeage” poursuit Thomas Bou- deaux de Biobest.

Lutte sur chenilles par pulvérisation:

Des insecticides d’origine biologique, à base de Bacillus thuringiensis, bactérie qui s’attaque au système digestif des chenilles sans toutefois être sélective, peuvent également être appliqués dès lors qu’un arrêté préfectoral ou autre plan d’action local a été pris, et donc que l’infestation est avérée et importante. Il s’agit avant toute chose d’être rigoureux et d’appliquer les protocoles : traiter au bon moment, généralement de septembre à novembre sur les chenilles encore non urticantes, et en quantité juste !     Ainsi, Jocelyne Camérani conseille de “traiter en fin de journée ou tôt le matin, quand les abeilles dorment encore. Et lors d’un jour sans pluie, sans veille ni lendemain pluvieux, afin d’éviter les risques de lessivage et de dissémination du produit”. Parmi l’offre proposée, le Conserve (AMM n°2060132 et UAB) de Nufarm SAS : “qui contient le spinosa efficace contre la chenille processionnaire du pin et de la processionnaire du chêne, de la pyrale du buis et du papillon palmivore. Nous proposons également la solution de lutte par confusion sexuelle Phero-ball® Pin, concept mis au point par M2i, qui consiste à projeter un gel phéromonal de confusion sexuelle à l’aide d’un lanceur de Paint-Ball, ce qui facilite grandement les interventions en hauteur” ajoute Jérôme Vatier. BHS propose le “Dipel DF (AMM n°2010513) pour lutter contre les chenilles phytophages, telles que la processionnaire du pin ou encore la pyrale du buis, le bombyx, la tordeuse du chêne… Son utilisation doit se faire avec maximum 4 interventions par an” explique Pierre Thiebaut. Autre solution : “le Bactura DF de Koppert (AMM n°2010513 et UAB), éligible au CEPP (pour les distributeurs de produits), adjuvé du Squad qui permet une meilleure adhésion du produit sur le pin (dosage : 1 kg/hL avec ajout de 0,15 % de Squad pour une meilleure efficacité)” relate Thibaut Crance. Enfin, il existe le Scutello DF (AMM n°2010513) de Biobest : “produit UAB et phyto- pharmaceutique de biocontrôle, aussi utilisable contre la processionnaire du chêne, le bombyx et la pyrale du buis” précise Thomas Torrecillas. A noter que pour l’application de tous ces produits, la détention du Certiphyto est de rigueur.

Lutte biologique : des auxiliaires

Il s’agit alors de favoriser leur sédentarisation par l’installation de nids à mésanges ou de gîtes à chauve-souris, fabriqués en régie ou au cours d’ateliers pédagogiques avec les enfants par exemple. Des sociétés en proposent également, à l’image de la Mésange Verte, dont Jocelyne Camérani nous présente les contours : “les mésanges sont de véritables prédateurs. Durant l’hiver, en période de disette, elles peuvent manger un nid entier en un temps fulgurant. A savoir qu’elles boivent autant qu’elles mangent : pour augmenter ses chances d’accueillir des mésanges, il faut donc privilégier un site avec un point d’eau à proximité. Les chauves-souris, qui vivent la nuit, sont également parfaitement adaptées pour chasser ce papillon nocturne, sans oublier la pyrale du buis et les moustiques ! Il convient d’installer les gîtes vers début avril, avant la mise bas, ou à la fin de l’été, à une hauteur de 2 à 6 m sur le mur d’un bâtiment communal par exemple. L’exposition doit permettre d’apporter un peu de chaleur : selon les régions, il faudra donc installer le gîte selon une orientation Sud-est, Sud-ouest ou plein Sud”.

 

60         Août-Sept. 2019     Espace public & PAYSAGE

 

 

 

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